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Vingt siècles de Bordeaux 

... de la Biturica aux vins de Bordeaux — 1/4 

La naissance du Bordeaux 

  

Connaissez-vous la Biturica? C'est pourtant le cépage qui marque la naissance, voici vingt siècles, des vins de Bordeaux. Au début de notre ère, franchissant la barre méridionale, une vigne adaptée au climat atlantique s'implante. La conquête de la Bretagne par l'empereur Claude en 43 après J.-C. est décisive pour le développement de Bordeaux. Car, avec les Romains, la consommation de vin augmente : plus qu'un bien de consommation, il s'agit d'un symbole de civilisation. D'ailleurs, dès la fin du Ier siècle, Bordeaux devient la capitale de l'Aquitaine, l'une des trois province gauloises de Rome, à la place de saintes. 

Mais cette arrivée de la vigne en région bordelaise n'est pas de tout repos. Le haut Moyen-Age et les invasions (Vandales, Suèves puis Visigoths) ne s'embarrassent guère des vignobles qu'ils piétinent allègrement. C'est à la religion que le vin doit son salut. Indispensable pour dire la messe - il devient le sang du Christ au moment de l'Eucharistie - il passe sous la protection des communautés religieuses. Aux guerres succède un marasme consécutif à l'écroulement de l'Empire romain qui se prolonge jusqu'à la deuxième moitié du XIIème siècle. De plus, de nouveaux vignobles apparaissent dans les pays de Loire, les vallées de la Seine et du Rhin, plus proches des grandes villes du Nord. Le marché se désorganise : sans débouché, pas de commerce, donc peu de culture. Bref, huit siècles où le glas du Bordeaux résonne sur les coteaux. 

 

Messieurs les Anglais, buvez les premiers 

  

Le salut du Bordeaux vient d'un mariage. Celui d'Alienor d'Aquitaine avec Henri Plantagenêt qui coiffe la couronne d'Angleterre en 1154. Si l'arrivée des Anglais dans le sud-ouest de la France contribuera, deux siècles plus tard, à déclencher la guerre de Cent Ans, elle fait au moins un heureux : le vin de Bordeaux, qui commence à prospérer. En 1214, Jean sans Terre donne un coup de pouce décisif aux Bordelais en exemptant les bourgeois bordelais de toutes les taxes frappant la culture et le commerce de la vigne. Puis il reconnaît, en 1235, le droit aux Bordelais de s'organiser en municipalité. Ces derniers en profitent pour interdire, en 1241, aux vins d'en haut (Cahors, Agen, Goillac, etc.) d'entrer dans la ville avant la Saint-Martin (11 novembre), soit bien après la foire de la mioctobre où se vend l'essentiel de la production. 

Dès 1224, les Anglais n'importent que des vins de Bordeaux. Et au début du XIIIème siècle, le Bordelais - et la Gascogne - fournissent les troisquarts du vin consommé dans les châteaux anglais. Mention spéciale à Edouard II qui réclame mille tonneaux pour les fêtes de son couronnement en 1307. Le souverain ira même jusqu'à accorder aux bourgeois de Saint-Emilion l'élection de leur maire contre une livraison annuelle de 50 tonneaux. 

La forte demande anglaise contribue bien sûr au développement rapide du vignoble, qui s'installe autour de Bordeaux près des endroits où le trafic fluvial est le plus adapté au transport de cette denrée. L'essor du vin fait la fortune du pays girondin et contribue à l'émergence d'une bourgeoisie bordelaise, qui explique en grande partie la fidélité de l'Aquitaine à l'Angleterre. Les propriétaires des vignobles contrôlent les exportations vers l'Angleterre, mais aussi vers la Hollande et les Flandres. Le voyage en mer est en effet plus aisé que sur des charrettes parcourant les chemins peu sûrs qui mènent à Paris. 

 

À l'inverse des vins de Bourgogne qui arrivent par la Seine. Cette vocation exportatrice se retrouve aujourd'hui, puisque le Bordelais vend plus à l'étranger que dans l'Hexagone. Avec la GrandeBretagne comme client de choix. L'âge d'or se situe entre 1356 et 1369. A cette époque la région exporte 30 000 tonneaux. Et la consommation augmente jusqu'à atteindre 400 000 hectolitres. Quant à la qualité du produit de l'époque, il est bien difficile de l'évaluer. Tout au plus, pouvons nous affirmer qu'il s'agissait de vins jeunes, les procédés de conservation n'étant pas encore connus. Le verbe "abonnir" qui traduit une évolution heureuse des caractéristiques du Bordeaux ne se conjuguait pas à cette époque. En 1453, les Français battent les Anglais à Castillon. La Gironde quitte le giron anglais. Mais la Perfide Albion, si elle abandonne des terres, tient à garder son vin : les vins de Bordeaux conservent d'importantes facilités pour exporter. Par ailleurs, les Hollandais prennent le relais. Leur domination sur mer se fait sentir. Ils vont provoquer des changements dans le paysage bordelais car ils ont des goûts différents des Anglais. Ils aiment les vins rouges forts et noirs, d'où la naissance de vignobles sur les palus. Surtout, ils apprécient les vins blancs moelleux et apprennent aux vignerons français comment les produire. C'est la naissance des (Sauternes) et autres Sainte-Croix-du-Mont. Enfin le vin blanc sec; l'Entre-Deux-Mers se couvre de vignes. 

  

Quand la Technique suit 

  

Cette prospérité est étroitement liée aux progrès dans les domaines de la conservation et du vieillissement du vin, sans lesquels les grands crus perdraient leur adjectif. C'est à cette même époque qu'apparaissent les procédés de stérilisation des cuves et des barriques par mèches soufrées, qui améliorent la vinification. D'autre part, les ouillages (qui consistent à remplir avec du vin de même provenance un tonneau pour compenser l'évaporation), les soutirages (où l'on transvase doucement le vin d'un récipient à un autre), les collages au blanc d'oeuf (pour clarifier le vin), et le développement des fûts en chêne, permettent aux vins de vieillir dans d'excellents conditions et d'acquérir les qualités propres aux grands vins. 

Deuxième évolution de taille : la généralisation de la bouteille de verre, longtemps considérée comme un objet de luxe. On utilise d'abord des bouteilles en métal puis au XVIIème siècle, en porcelaine et en faïence. Les verreries se développant, les bouteilles de verre se généralisent en France dès 1675. La première verrerie s'installe à Bordeaux en 1723. Dès 1790, on souffle deux millions de bouteilles par an. Le plus ancien Médoc mis en bouteille au château remonte à 1797, dans les chais de Lafitte. 

Cette évolution est de taille, puisqu'elle marque le début du vieillissement en bouteille. Ce qui ouvre des marchés jusque là interdits au vin, comme les colonies d'Amérique, les Indes occidentales, les Antilles, le Canada français.